Petite rétrospective de ce que je fais, et pourquoi, à la demande de ma cousine. Ne soyez pas étonnés de trouver ici quelques unes de mes convictions scientifiques, parfois largement attaquables.. Je vai essayer de ne pas (trop) plomber ce post.
Tout d'abord, il me faut rappeler mon parcours pour poser le contexte de tout ce qui suit. Après mon bac, me suis engouffré dans une classe prépa Maths Sup/Spé. De ces deux années, bien sûr, j'ai pu acquérir un background maths et physique. Le plus important dans tout cela, rétrospectivement, n'a pas été tant la pseudo-vie de taupin à laquelle je me suis confrontée, mais bien l'apprentissage de l'histoire des sciences (merci à mon prof de Physique de Sup !). Car la maxime "Vaut mieux une tête bien faite, qu'une tête bien pleine", en prépa, prend tout son sens : il est impensable d'apprendre la pléthore de formules vues pendant deux ans, il est en revanche constructif de savoir "retrouver" ces formules. C'est là que l'histoire des sciences est un atout majeur en replacant les considérations des époques et des domaines abordés. Surtout, l'histoire des sciences a éprouvé et ébranlé ma verve scientifique (ça arrive encore, plus rarement). Les convictions s'entrechoquent, se rejoignent et évoluent.
Ceci étant dit, je ne vai pas citer ici les lectures qui ont grandement influencé mes convictions scientifiques, tant par le soucis de ne pas éclabousser ces ouvrages que par celui de ne pas être étiqueté. En version concise, tout ce que j'ai fait par la suite a un dénominateur commun : rassembler Mathématiques, Physique et Informatique au service d'une formalisation confrontée au réel.
Le fait d'aborder les Mathématiques à un niveau assez poussé m'a toujours émerveillé, il est parfois possible que je m'émerveille pour la beauté d'une formule. Mais passé ce stade, je me suis toujours demandé (et sûrement que vous aussi) à quoi sert une belle formule si celle-ci ne peut traduire une certaine réalité vérifiable. C'est cette question qui pour moi différencie les Mathématiques de la Physique : certains étudient des objets de dimension n alors que nous vivons dans un espace à 3 dimensions (voire 4, cf Einstein). Ce qui est sous-jacent à ce point est pour moi d'une simplicité déconcertante : le pragmatisme, le sens pratique. Les mathématiciens pensent (parfois tout bas, ah ! chérubins !) que la Physique doit essentiellement sa crédibilité aux Mathématiques. J'ai été de ceux-ci. Pourtant nombre de découvertes ont émergées de la Physique avant que les Mathématiques s'y intéressent, tout comme on peut en compter autant élaborées par les Mathématiques qui ont du attendre des dizaines et dizaines d'années avant qu'on puisse trouver ce qu'on pouvait en faire. Il m'a fallu longtemps pour acquérir le pragmatisme et le recul nécessaire pour comprendre les pans de la Physique, avoir un "sens physique", et avouer que c'est bien elle qui règne ici-bas. Bref, formaliser oui, mais toujours dans l'optique de modéliser le réel. Et grâce à l'outil informatique, on peut aujourd'hui simuler ces modèles et soumettre ces simulations à la critique du réel (You are in the looking glass, heh heh !).
En arrivant en école d'ingé, il me tardait donc de confronter toutes ces "belles idées" et voir ce que je pouvais en faire. Il a bien fallu que j'apprenne à programmer. Hé oui, car classe prépa peut-être, mais le temps que j'avais de dispo à l'époque je le passais à souffler et jouer de la guitare, et non à programmer.. Et pis dépassé le cap de la programmation, dans le domaine de l'Informatique, il y a plein de choses rasoir (pour moi.. peut-être une réminiscence de mon adulation pour la "belle Science" comme je l'appelais en classe prépa) et me suis dirigé vers le grand enfant que je suis resté : l'image. Autrement dit, me suis attaqué au traitement et à la synthèse d'image.
Mon premier projet a été de simuler physiquement notre bon vieux système solaire. Je ne reviendrai pas sur les conditions d'élaboration de ce projet (hihi ! No comment.. pour ceux qui s'en rappellent).
Et pis après pleins de cours aussi beaux les uns que les autres sur la synthèse d'image, mais avec zéro mise en pratique, je me suis crevé le cul à programmer et améliorer deux méthodes des plus connues en synthèse d'image.
La première méthode est le lancer de rayon, toujours avec un brin de physique. Le principe est de balancer des rayons dans une scène 3D et de récupérer les couleurs des pixels formant l'image au fur et à mesure des réfractions et réflexions de ces rayons sur les objets de la scène. Ca donne :
Et ma fameuse meuh-meuh (tu t'en souviens Nélène ??) :
La deuxième méthode est la radiosité, encore plus dirigée vers la physique. Le principe est d'élaborer un algorithme fondé sur l'équilibre énergétique du trajet de la lumière. L'image est moins intéressante, mais les ombrages sont beaucoup plus réalistes :
Bon, j'ai omis volontairement nombre de micro-projets, parmis lesquels animations de personnages, mini-jeux, etc.. Bah ouai, c'est beau la synthèse d'image, mais ça tourne rarement en temps-réel, donc ça bouge pô. Et pour un grand enfant comme moi, c'est balo quand même !
Reste qu'après deux années d'école d'ingé, on m'a fortement conseillé de faire le master de recherche. Après quatre années post-bac, j'avoue que je n'avais jamais eu d'ambition. Arrivé en master recherche, j'ai commencé à comprendre que je pouvais être ambitieux. Tant qu'à avoir de l'ambition, autant y aller franco !! Il me manquait alors une composante à relier à mon travail : la musique. Car ces deux années de diplôme d'ingé ont été fertiles en notes, j'ai pu oublier la sombre période de classe prépa pour valdinguer de concerts en concerts et jouer de la guitare dans des festoches de jonglage.
Mon projet s'est alors construit peu à peu et constitue l'essentiel de mon travail aujourd'hui : l'analyse et la synthèse du geste musical.
Côté synthèse, mes efforts sont toujours reliés aux Mathématiques et à la Physique, mes recherches prennent part à l'animation physique de personnages. La question n'est pas de spécifier ou calculer les trajectoires des membres (animation traditionnelle et cinématique) mais de calculer les forces et couples (causes) qui aboutissent au mouvement de ceux-ci.
Pour une vidéo démo, il faudra encore un peu patienter, ne suis pas encore assez satisfait du résultat...
L'analyse du geste musical implique de la capture de mouvement ainsi que l'étude des intentions musicales et la plannification des tâches au niveau du système moteur humain : donc une étude précise de la psychologie et motricité du musicien. D'autre part, l'analyse et la synthèse de gestes musicaux s'accompagnent de la synthèse de son. Là encore, je me place dans une approche physique, c'est à dire la simulation de la vibration de la membrane de percussion.
L'unification, au sens mathématique et physique, du geste et du son me permettront, je l'espère, de proposer des modèles d'interaction entre le percussionniste et son instrument.
Voilà, j'en ai fini. Pour ceux qui ont tout lu, bah bravo, j'espère ne pas avoir été trop indigeste. Si vous avez des questions, me ferai une joie d'y répondre !